Je connais tous tes temps, tes mouvements, tes odeurs
ton ombre, ta silence, ton sein,
leur tremblement et la couleur précise ne m'échappe,
ton marche et ta mélancolie et tes sourcils,
et ta chemise et ta bague et la seconde
et je n’ai plus de patience et je mets mon genou dans des pierres
et je te supplie,
Nais-moi.
Je connais tout qui est trop loin de toi,
aussi loin que près n’existe plus –
l’après-midi, l’après-horizon, l’après-mer…
et tout ce qui les dépasse,
et si loin qu’ils n’ont plus de nom.
C’est pourquoi j’abaisse mon genou et je le mets
sur le genou des pierres, qu’il imite.
Et je te supplie,
Nais-moi.
Je connais tout ce que tu ne connaîtra jamais, de toi.
Le battement du cœur qui suit au battement que tu entends,
la fin du mot duquel la première syllabe tu viens de prononcer,
les arbres – ombres en bois de tes veines,
les rivières – ombres mouvantes de ton sang,
et les pierres, les pierres – ombres de pierre de mon genou
que je plie devant toi et je te supplie,
nais-moi. Nais-moi.
Translator: Dorothea Dima
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